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Lomé
24 juin 2022
Le Nouveau Reporter

COP 15 d’Abidjan : qui pour sortir concrètement le Sahel du désastre qu’il vit ?

La COP 15 d’Abidjan sur la désertification a pris fin il y a quelques jours. Pour une énième fois, les acteurs sont tous d’accord que la situation est grave et qu’il faut faire vite. Parmi les grandes décisions prises lors de ce rendez-vous mondial, il est question de restaurer 1 milliard de terres dégradés d’ici 2030. Pendant ce temps, les Nations unies annoncent que 18 millions de personnes risquent de souffrir de la faim dans le Sahel au cours des trois prochains mois. Alors, qui pour sortir concrètement le Sahel du désastre qu’il vit ?

Dans un message vidéo, le président français Emmanuel Macron a estimé que « la désertification a le visage de plus de 3,2 milliards de personnes qui vivent sur des terres dégradées, partout dans le monde ». Le président Félix Tshisekedi de la République démocratique du Congo (RDC) a pour sa part noté « l’allongement des saisons sèches en Afrique et l’avancée des déserts du Sahara et du Kalahari ». « Il y a urgence à agir. La désertification et la dégradation des terres ne sont pas une fatalité. Ces crises ne sont pas irréversibles et des solutions existent », précise le président Macron.

Alors, qu’est-ce qui fait que la réaction est lente ? Certaines zones du monde comme la corne de l’Afrique et le Sahel souffrent énormément des conséquences de la sécheresse et de la désertification. Ce phénomène exacerbé par le changement climatique et la perte accélérée de la biodiversité entraîne la dégradation des terres, premier facteur de production et de richesse. Et quand l’on ne peut plus produire, c’est la faim qui s’installe de façon désastreuse.

« Au Sahel, des familles entières sont au bord de la famine. Si nous n’agissons pas maintenant, des gens vont périr », affirme Martin Griffiths, responsable des affaires humanitaires de l’ONU. Le Burkina Faso, le Tchad, le Mali et le Niger sont les plus concernés. 7,7 millions d’enfants de moins de 5 ans devraient souffrir de malnutrition, dont 1,8 million de malnutrition sévère. Si les opérations d’aide ne sont pas intensifiées, ce nombre pourrait atteindre 2,4 millions d’ici la fin de l’année.

Les familles sont contraintes de vendre, par exemple, leurs outils agricoles et d’autres actifs dont elles ont besoin pour maintenir leur vie et leurs moyens de subsistance.

C’est un véritable désastre qui est en cours sous nos yeux. Pendant ce temps, les rencontres internationales qui sont nécessaires n’accouchent que dune souris. La COP 15 sur la désertification et la sécheresse s’est terminée avec des décisions intéressantes. Il est prévu la restauration d’1 milliard d’hectares de terres dégradés d’ici 2030. C’est une véritable urgence. Le phénomène prend de lampleur. Même un pays côtier comme le Togo subit le phénomène de la désertification. Disposer de moins de 30% de couverture forestière, est un risque énorme, cela doit inquiéter. En 2021, nous sommes rentrés dans la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes.

Et cela fait un an que l’on a lancé de grands projets de reboisement. Mais, si on ne fait pas attention, 2030 va nous surprendre et nous n’aurons rien pu faire. C’est de cette même façon que l’on a regardé le temps passer pour se rendre compte que pas grand-chose n’avait pas pu être fait dans le cadre de Objectifs du millénaire pour le développement (OMD, 2000-2015). C’est de cette façon qu’on a aussi fait le constat que pas un seul objectif d’Aichi (Japon) pour la protection de la biodiversité n’avait pas été mis en œuvre (2011-2020).

Aujourd’hui, les scientifiques nous mettent en garde contre l’échec de la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat. Les ambitions de ce document considéré comme salutaire sont en train d’être dépassées, selon plusieurs spécialistes. Venir à bout des problèmes de notre siècle comme la désertification et la sécheresse, restaurer les écosystèmes, ne se fera pas dans les bureaux climatisés, dans les avions et dans les grandes conférences et ateliers. Rappelons que ces aspects sont nécessaires pour coordonner les luttes.

Mais, que fait-on après les discours et la prise des grandes résolutions ? Rien. Sinon l’on ne serait pas en train de se débattre contre de grandes famines. Il est vrai que la tâche est colossale et que les réalités du terrain sont parfois très complexes.
Toutefois, il est possible d’inverser un peu la tendance.

Et pour y arriver, il faut mettre en place des programmes de reboisement avec un suivi efficace en impliquant les populations. Il ne s’agit de planter des arbres pour les objectifs des caméras et des appareils photos et de revenir au même endroit pour faire le même geste un an après. Que sont devenus entre temps les plants mis en terre l’an dernier ? Presque personne ne sen préoccupe. Si on continue de cette façon, on ne parviendra à rien et ce sera désastreux.

Si le Sahel vit le désastre aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu de projets visant à lutter contre la sécheresse. Il est même possible à l’heure actuelle de recenser des projets qui sont en cours. Mais, quel est l’impact de ces projets ? Nos gouvernements et les partenaires techniques et financiers doivent orienter les fonds vers des projets qui produisent vraiment des résultats sur le terrain, et qui évitent à nos populations de vivre des désastres quelques années plus tard.

Au-delà du « médecin après la mort », phénomène auquel l’on assiste, il est encore possible d’aider le Sahel à retrouver ses capacités de production pouvant l’aider à ne pas subir la famine chaque année. À la COP 27 sur le climat qui se tiendra en Egypte vers la fin de cette année, l’on fera un suivi des décisions de la COP 15 sur la désertification et la sécheresse. Vivement que d’ici-là l’on ne nous dise pas que c’est la déception totale.

Edem Dadzie

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