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Lomé
12 mai 2021
Le Nouveau Reporter

Entretien/Musique : «… que ces musiques qui viennent d’Afrique, deviennent la carte d’identité et l’empreinte digitale de ce continent », Angélique Kidjo

Africanews célèbre ses cinq ans d’existence et reçoit pour l’occasion des personnalités qui œuvrent, comme nous le faisons au quotidien, à donner une autre image du continent. Notre invité d’aujourd’hui est Angélique Kidjo, artiste de renommée mondiale à la voix singulière. Ambassadrice de l’Unicef, elle est la fondatrice de Batanga, une association qui aide les jeunes femmes africaines à avoir accès aux études secondaires et universitaires. Dans cet entretien exclusif, Angélique Kidjo professe sa confiance dans le génie africain et la richesse de sa culture musicale.

Vous avez œuvré avec vos talents de chanteuse à donner une voix à ceux qui ne pouvaient pas parler. Diriez-vous que le chantier a avancé ces cinq dernières années et que les artistes du continent prennent davantage la parole ?

Beaucoup de choses ont été faites ces cinq, voire dix dernières années. C’est assez hallucinant. On est en train de changer les paradigmes. On peut avoir une carrière en Afrique, faire de l’argent avec son travail, avec sa musique et en faire un métier qui n’est plus méprisé, mais apprécié par le public.

Considérez-vous que faire voyager la musique africaine permet de changer l’image du continent et de valoriser sa culture ?

Ça dépend de ce qu’on en fait et comment on s’en sert. Mon rêve, c’est que cette musique, ces musiques qui viennent d’Afrique, deviennent la carte d’identité et l’empreinte digitale de ce continent. Quand on va en Amérique latine, on parle de salsa et de samba. Quand on parle de l’Afrique, il y a plusieurs musiques. Ces variétés de musiques peuvent toutes se retrouver sous le parapluie d’afrobeats et s’exporter partout.

Il faut savoir s’organiser, savoir ce qu’on a envie de porter comme message et quelle image on veut pour cette Afrique. Il faut que les jeunes qui sont aujourd’hui si au courant des réseaux sociaux s’en servent pour montrer la beauté, la résilience et la force de créativité qu’il y a chez nous.

Leur rendez vous hommage avec votre nouvel album, avec tous ces artistes de l’afrobeat, notamment Yemi Alade qui est l’artiste nigériane du moment ?

C’est ce que j’essaye de faire avec le film Mother Nature qui sort en juin. Le premier single Dignity est sorti avec Yemi Alade, qui est parti du mouvement #EndSars à Lagos. Quand je lui ai parlé elle m’a dit “j’ai peur, ils sont en train de nous tuer”. J’ai dit “sors de la rue, la violence n’est pas une solution. Tu as du travail à faire, un avenir et quelque chose à apporter à ton pays”.

La musique a-t-elle aidé contre la pandémie ?

J’ai fait beaucoup de choses pendant la pandémie. La première chose que j’ai faite, c’était la chanson “Pata Pata”, pour l’Afrique. Ce qu’on a fait, c’est de demander au monde entier, aux jeunes, aux personnes âgées du monde entier, de danser les gestes barrières pour que tout le monde soit au courant et que ça arrive au moins à travers les radios, à toutes les personnes qui écoutent les radios encore en Afrique.

Quel sera le challenge de ces cinq prochaines années pour les artistes et pour les gouvernements africains afin de favoriser le développement de la culture sur le continent ?

Il faut créer les infrastructures, former des managements et des ingénieurs du son. Il faut former les gens à travailler la qualité dès le départ. On veut que notre musique perdure et que ça parle aux gens. Il faut que toute production qui sort de l’Afrique soit au même niveau que toutes les productions dans le monde. Il faut investir et ne pas forcément attendre les gouvernements pour faire ça.

Quel est, selon vous, l’importance d’une chaîne panafricaine ?

Je crois que c’est capital. Ça fait des années que je dis ça, plus de 30 ans que j’en parle. Les informations qui nous concernent ne doivent pas venir de l’extérieur. Nous pouvons produire nos propres informations. Nous pouvons avoir notre propre AFP. Cette chaîne a cinq ans. Ayons des réseaux de radios partout. Qu’ils soient indépendants. Nous devons être responsables de notre histoire et raconter notre histoire. Ne pas laisser notre histoire aux mains des autres. Avoir des médias, c’est raconter les choses vraies. Montrez des choses vraies. Montrez notre Afrique avec ses problèmes, ses solutions et ses succès.

Source : Africanews

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