Récépissé N° 0010/HAAC/12-2020/pl/P

Lutte contre la dépigmentation : l’autre drogue qui échappe aux coercitions des législations

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Le phénomène de la dépigmentation prend de l’ampleur depuis quelques décennies en Afrique. De plus en plus, des femmes et des hommes se décapent la peau pour avoir un teint plus clair. Sauf que cette dérive sanitaire et psychologique n’est pas sans conséquences sur la santé et les mœurs. Face à la situation, plusieurs législations ont corsé drastiquement des mesures qui peinent à désarmer les disciples de la dépigmentation. Que faire au juste ?

Se sentir bien dans son corps, être beau ou belle et plaire a été toujours le souci de la plupart des humains qui ne tarissent pas d’astuces pour devenir plus attrayant. La dépigmentation de la peau qui en est un, rencontre un véritable succès auprès des africains hommes comme femmes.

Ces chiffres qui font rougir

Plusieurs produits éclaircissants de qualité parfois douteuse pullulent sur les étalages des marchés et à n’importe quel coin de rue. Selon des statistiques de l’OMS, elles sont entre 25 et 77 % de femmes à être concernées par le phénomène. Ces dernières s’exposent à des conséquences qui sont à la fois cutanées et systémiques. Les conséquences sur la santé sont de ce fait doubles. Selon le rapport « Évaluation des risques liés à la dépigmentation volontaire », les complications cutanées les plus fréquentes et les plus sévères sont en rapport avec l’usage des produits à base de corticoïdes.  Les effets systémiques sont également considérables. Il s’agit des complications rénales et obstétricales.

Pour éradiquer le fléau, des sensibilisations se multiplient. Mais malheureusement, elles n’ont pas réussi à changer la mentalité des adeptes de la dépigmentation et à faire régresser le taux de personnes dépigmentées qui ne cesse de croître. Ainsi, depuis quelques années, certains Etats ont commencé par faire recours à la législation.

Législations, pourtant nous sommes loin de la régression

La dépigmentation n’endommage pas seulement la peau. C’est toute la société qui est ainsi exposée. Et face à ce fléau, bon nombre de pays africains, tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Gambie, le Sénégal et le Rwanda ont tenté de le freiner par des moyens répressifs mais sans succès. La Gambie par exemple a adopté en 1996 une loi sur la dépigmentation. Celle-ci interdit l’importation de produits éclaircissants et, punit les importateurs d’une amende de 400 dollars. Quant à la Côte d’Ivoire, elle interdisait en avril 2015, l’utilisation des produits de dépigmentation.

 

Ainsi, les produits cosmétiques éclaircissants ou d’hygiène qui permettent de dépigmenter la peau ont été interdits. Les crèmes et autres lotions dites de dépigmentation qui comportent notamment du « mercure et ses dérivés », des « corticoïdes », de la « vitamine A » ou encore de « l’hydroquinone au-delà du seuil de 2% », sont prohibées.

En août 2017, l’Agence ghanéenne des produits alimentaires et médicamenteux a annoncé l’interdiction officielle de la vente de crèmes éclaircissantes au Ghana en raison des effets néfastes qu’elles ont sur les utilisateurs. Le Rwanda s’est aussi lancé dans une guerre contre les produits éclaircissants. En plus de la loi régissant l’utilisation des produits éclaircissants, le pays des ‘’mille collines’’ ne tolérera plus le commerce et l’usage des produits éclaircissants sur son territoire.

Le chef de l’Etat, Paul Kagame, offusqué par l’ampleur du phénomène a demandé aux services de police, de même que le ministère de la Santé d’ouvrir une campagne à l’échelle nationale sur la question. Plusieurs pays à l’instar de ceux cités plus haut ont essayé d’aller contre le phénomène de blanchiment de la peau. Mais hélas le mal persiste et plus encore, il s’étend de façon vertigineuse.

L’Afrique du Sud a les lois les plus sévères au monde concernant les produits d’éclaircissement de la peau, ayant notamment interdit l’ingrédient hydroquinone, mais plus d’un tiers des femmes sud-africaines les utilisent tout de même. Faut-il durcir autrement les législations ? Puisque les multitudes des lois prises pour éradiquer le phénomène n’ont rien donné.

Concurrence avec le marché de la drogue

A ce jour, la cause majeure, le manque de suivi et la multiplication de réseaux illicites encouragent parfois la propagation du phénomène. En effet, le blanchiment de la peau rapporterait des milliards de FCFA aux promoteurs de produits éclaircissants et, concurrence le marché de la drogue. Et tous ces produits qui jadis étaient importés sont désormais fabriqués dans des usines pour produits blanchissants en Afrique. En plus, la vente et l’achat se font dans des espaces publics accessibles à tous sans aucune réglementation. Il y a donc nécessité de généraliser pour toute l’Afrique les politiques de lutte contre la commercialisation et l’utilisation des produits de dépigmentation.

Au-delà de l’élaboration d’une loi dont l’application serait problématique, il serait plus efficient de définir clairement les sanctions attachées à la commercialisation des produits éclaircissants allant de l’amende à la peine d’emprisonnement. Il serait également dans cette optique de décider la fermeture des usines de fabrication et des commerces de vente. La saisie des produits incriminés ; mais aussi le contrôle effectif des produits cosmétiques seraient entre autres solutions.

Valoriser l’identité africaine

Les messages véhiculés par les publicités autour des produits cosmétiques sont des symboles de beauté à la peau claire. Ce matraquage médiatique a des effets néfastes sur les mœurs. Aujourd’hui, bon nombre d’Africains ne définissent la beauté que par la peau claire. Ce qui d’ailleurs craint. Et pour cela, il urge d’inverser le processus en mettant l’accent sur l’éducation et en informant les populations sur le sujet et sur les risques de la dépigmentation volontaire.

Au-delà des médias, l’action doit être intensifiée au niveau de l’éducation à la base. Car, le phénomène du blanchiment de la peau est devenu une norme sociale en Afrique. La supériorité supposée de la race blanche revient sur le tapis. Dr Ildevert Egué, psychologue cliniciens, psychothérapeute dira que c’est ceux qui ne se plaisent pas, qui ne s’acceptent pas, qui font recours à ces pratiques. « Soyez fiers de vous, soyez contents de ce que la nature a fait de vous et prenez soin de votre corps. Evitons de s’engager dans ces pratiques qui ruinent », prévient-il. Les bases de l’éducation doivent être à ce titre, revues à partir du cercle familial.

Il faut pour cela insérer la revalorisation identitaire dans les programmes académiques. Les campagnes de sensibilisation, les formations, les débats, les focus group d’échange et autres ne seront pas du reste. La capacité des médias à influencer les modes de pensée et à créer des habitudes au sein de la population, peuvent servir à initier une thérapie subtile autour de l’identité africaine.

Des films documentaires, des émissions de débat, des magazines constituent un cadre pour aborder les causes profondes de la négation de soi et intégrer la bonne attitude. De telles actions pourraient amener les gens à se poser la vraie question « avec une peau plus claire, on a peut-être l’air plus beau, mais à quel prix ? Se dépigmenter est certes un acte volontaire mais avec de graves conséquences sur la santé publique qui est malheureusement mise en danger.

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Le Nouveau Reporter
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