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Lomé
12 juillet 2020

Eco : les préoccupations du président Buhari font réagir le prof Kako Nubukpo

Lors d’une réunion extraordinaire virtuelle de l’Autorité des chefs d’Etat et de gouvernement de la Zone monétaire ouest-africaine (Zmao), le président Buhari a exprimé ses préoccupations par rapport à la démarche des pays membres de l’Uemoa qui veulent adopter l’Eco de façon unilatérale. Dans un tweets publié le mardi 23 juin 2020, le président nigérian a prévenu que cette démarche unilatérale risquerait de disloquer la Cedeao. Cette déclaration a fait réagir Kako Nubukpo, doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’université de Lomé (Faseg) qui s’est confié à afrique.latribune.fr. Selon lui, la sortie du président Buhari doit ouvrir les débats.

« J’espère que les déclarations du président Buhari ouvriront un vrai débat au niveau des chefs d’Etat, des parlementaires, des chercheurs, de la société civile ouest-africaine et africaine dans son ensemble, concernant les modalités d’une mise en place optimale de cette monnaie […] Il est également légitime qu’il y ait un débat entre économistes pour savoir si la Cedeao peut devenir une zone monétaire optimale. Il existe 02 écoles. La première école, héritière du prix Nobel d’économie Robert Mundell, plutôt pessimiste, considère qu’une monnaie commune dans la zone Cedeao n’est pas possible, car certains pays comme le Nigéria sont plutôt exportateurs de pétrole et les autres importateurs de pétrole. De fait, ils sont rarement dans la même phase du cycle économique, ce qui rend difficile l’efficacité de la politique monétaire », a mentionné Kako Nubukpo lors de l’entretien.

« La deuxième école qui est celle de l’endogénéité des critères d’optimalité, considère au contraire, que ce décalage permet de garantir la disponibilité permanente des réserves de change, car les cycles haussiers et baissiers se compensent […] J’organiserai d’ici quelques semaines, les Etats généraux de l’Eco à l’université de Lomé, dans l’objectif de fédérer un collectif de chercheurs qui proposera une feuille de route aux chefs d’Etat. Elle comprendra les modalités de transition du franc CFA à l’eco, assorti d’un calendrier et de dispositifs de suivi et évaluations des réformes […] », a-t-il poursuivi.

Il a ajouté : « Actuellement nous faisons face à un double test. Au niveau de la France, il s’agit de mesurer sa volonté de tourner la page de la Françafrique et d’établir les bases d’une véritable politique de coopération au développement. C’est ce que j’appelle « le test de sincérité ». Au niveau des chefs d’Etat ouest-africains se présente le « test de crédibilité », quant à leurs capacités en matière d’action collective pour la mise en place d’une nouvelle monnaie, capable de financer nos économies et de supporter la compétitivité à l’export de nos biens et services ».