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Lomé
29 juillet 2021
Le Nouveau Reporter

Prix Droits de l’homme 2021/Hafsat Abiola : l’histoire d’une orpheline politique qui a transformé les faiblesses de son pays en force pour l’Afrique

Passée entre le marteau et l’enclume politique des années 90 au Nigeria, elle est aujourd’hui présidente de Women in Africa (WIA) et vedette incontestée de la 21ème édition du Forum de Bamako. Il s’agit de la Nigériane Hafsat Abiola récemment sacrée Prix des Droits de l’Homme pour son combat en faveur de la démocratie au Nigeria et en Afrique. Si son parcours force l’admiration et le respect, c’est dû aux luttes qu’elle a menées face aux tristes réalités politiques qu’elle a vécues. Dans un entretien exclusif avec Bruno Fanucchi pour AfricaPresse.Paris (APP), Hafsat Abiola a narré cette faiblesse du passé devenue une force.

Hafsat Abiola : Je suis d’une grande famille, issue de l’ethnie Yoruba et du milieu économique, qui a vécu une véritable tragédie, intimement liée à l’histoire compliquée de mon pays, le Nigeria. Mon père, Moshood Abiola, était un homme d’affaires qui, après avoir réussi dans les années 1990, a décidé de se présenter au poste de Président de la République lors de l’élection organisée en 1993 au Nigeria.

« Il a gagné cette élection, mais l’armée en a décidé autrement car elle ne voulait pas de la démocratie et l’a mis en prison. Lorsque mon père était incarcéré, ma mère Kudirat a mobilisé l’Union des travailleurs et les femmes ont elles-mêmes décidé de fermer les marchés de Lagos et d’autres villes pour protester contre la confiscation du pouvoir par l’armée. Puis la puissante Union du pétrole est également entrée dans le jeu, en décidant de se mettre en grève et d’organiser la résistance », narre Hafsat Abiola.

Votre famille n’a-t-elle pas payé très cher son combat pour la démocratisation du Nigeria ?

Hafsat Abiola – C’est – hélas ! – parfaitement exact. Mon père avait eu le courage de dire non et de tenir tête aux militaires, mais il en a fait les frais : le chef de l’armée l’a fait arrêter et jeter en prison en juin 1994 sous l’accusation de rébellion. Quand il était en prison, ma mère a été tuée par la junte militaire en 1996 et deux ans après, alors qu’il était toujours détenu, mon père a été tué à son tour le 7 juillet 1998 par l’armée, même si officiellement celle-ci a toujours parlé de « mort naturelle ». Mais je n’y crois pas, il a bel et bien été assassiné !

« Le 12 juin est devenu au Nigeria le Jour de la démocratie et c’est une grande fierté »

Hafsat Abiola : Quand tous ces problèmes sont survenus au Nigeria… je suis devenue une militante. J’ai d’abord voulu aider mes parents car j’avais fait, grâce à eux, de brillantes études à l’Université de Harvard (États-Unis) et à Pékin. Orpheline après leur mort, je ne pouvais rester les bras croisés. J’ai décidé d’attirer l’attention de mes compatriotes et de rappeler à tous leur sacrifice pour que le Nigeria en sorte grandi, qu’ils ne soient ni l’un ni l’autre morts en vain, morts pour rien ! J’ai alors commencé à organiser le mouvement dans la diaspora aux États-Unis, en Angleterre, partout…

Nous avons réussi à mobiliser de nombreux Noirs américains aux États-Unis pour nous soutenir. Après toute cette campagne internationale, l’armée a décidé en 1999 de laisser enfin le pouvoir aux civils. Maintenant, grâce à notre mouvement, nous avons la démocratie au Nigeria.

En 1999, je suis alors revenue au Nigeria et j’ai créé une organisation pour soutenir le combat des femmes et que nous puissions avoir plus de femmes au sein du gouvernement. Moi-même, je suis devenue membre d’un cabinet et conseillère du Gouverneur de l’État industriel d’Ogun, voisin de l’État de Lagos, où je suis restée en fonction à peu près huit ans. Avant d’être nommée en 2019 Présidente de l’organisation Women in Africa.

Fruit d’une lutte, Hafsat Abiola a gagné le Prix des Droits de l’Homme pour son combat en faveur de la démocratie au Nigeria et en Afrique. « C’est un grand honneur… Une reconnaissance du combat de tous les miens, de mon père et de ma mère, du combat dont j’ai repris le flambeau au lendemain de leur assassinat », a confié Hafsat Abiola

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